Actualités

Les tendinites du poignets

Qu’il soit de haut niveau ou loisir, tout sportif peut ressentir une douleur au tendon survenant brutalement ou progressivement à l’effort ou à la suite d’un mouvement répétitif prolongé. Cette douleur issue d’un surmenage physique est communément appelée tendinite.

La tendinite correspond à une inflammation d’un tendon. Cette réaction localisée du tissu induit un gonflement, une tension et une douleur qui se réveille à la mise en action du tendon et qui peut persister au repos.


Quelques précisions pour mieux comprendre :

  • Les tendons sont des cordons ou des bandes de tissus fibreux qui relient les muscles aux os. Les tendons transmettent aux os la force produite par les muscles afin de produire le mouvement des articulations.
  • Les troubles tendineux touchent les deux types de tendons : ceux sans gaine synoviale et ceux avec une gaine synoviale. On parle de « ténosynovite » lorsque la gaine synoviale est enflammée.
  • La structure d’un tendon ressemble à celle d’une corde. Elle est formée de fibres lisses et résistantes, un peu comme un câble de vélo. Les mouvements répétitifs ou prolongés, les efforts soutenus, une mauvaise posture ou le maintien prolongé d’une même position, les vibrations ou un stress mécanique localisé peuvent tous provoquer une lésion des tendons. Les problèmes de tendinites sont comparables à ceux que l’on rencontre avec nos câbles d’embrayage : problème de câble, de gaine ou des deux à la fois.

Avec le temps, les tendons enflammés s’épaississent, prennent une forme irrégulière et déstructurée. Le repos est alors de mise afin de permettre au tissu de guérir, sans quoi l’affaiblissement du tendon risque d’être permanent.

Au niveau du poignet, plusieurs tendons peuvent être concernés :

  • tendinite des muscles fléchisseurs : inflammation des tendons des muscles du poignet situés du côté de la paume,
  • tendinite des muscles extenseurs : inflammation des tendons des muscles du revers du poignet et de la main,
  • maladie de De Quervain : inflammation de la gaine synoviale des tendons (extenseur / abducteur du pouce) à la base du pouce.

Dessins © Avironfrance – François FINKL

Les médecins du sport utilisent plus naturellement le terme de tendinopathie car la tendinite ne se limite pas qu’à une inflammation du tendon.


Ces douleurs surviennent le plus souvent progressivement pour des causes variées :

  • des erreurs techniques répétées, geste incorrect,
  • du surmenage ou un effort inhabituel trop intense,
  • le manque d’étirements,
  • une condition physique médiocre,
  • l’utilisation d’un équipement non adapté,
  • un problème dentaire,
  • la prise de médicaments (voir avec le médecin),
  • une mauvaise posture,
  • des erreurs diététiques dont un déficit d’hydratation,
  • un régime de perte de poids exagéré,
  • un mauvais traitement d’une première tendinite et un repos insuffisant avant la reprise.

PHASE 1 : 5 à 10 jours depuis les premières douleurs


La présence d’une douleur à l’endroit concerné est un signe clinique de trouble tendineux. Les crépitements lorsque l’on appuie au siège de la douleur signalent presque à coup sûr une tendinite. Parfois c’est une enflure, des rougeurs, une mobilité réduite, une douleur à l’étirement, à la palpation et aux tests excentriques.


Le diagnostic repose sur le bilan clinique expérimenté d’un médecin, associé à l’expérience d’un kinésithérapeute.


À ce stade le traitement des troubles tendineux n’exige pas une intervention chirurgicale. Par contre il est indispensable d’arrêter immédiatement le bateau et toute activité sollicitant le poignet : repos du tendon. Il convient également de supprimer les facteurs de risque suivants :

  • une erreur technique à identifier et à corriger avec l’entraîneur,
  • l’utilisation d’aviron avec une poignée non adaptée ou non habituelle,
  • la prise de médicaments,
  • des erreurs diététiques dont un déficit d’hydratation,
  • le manque de repos,
  • l’utilisation de console vidéo, jeu sur tablette ou sur téléphone qui sollicite en permanence les tendons de la main et du poignet,
  • une infection dentaire.

Bien entendu, il est indispensable de mettre en place une prise en charge médicale :

1- Immobilisation


Pour les tendinopathies sévères, le plus efficace est de conserver une attelle amovible une semaine pour commencer. Il faut alors veiller à porter l’attelle le plus longtemps possible dans la journée et la nuit.

2- Kinésithérapie

  • séances d’ultra-sons,
  • application de glace,
  • application d’argile verte,
  • étirements,
  • renforcement musculaire adapté,
  • massages transverses profonds (dans certains cas).

3- Médication

  • Paracétamol.
  • Anti inflammatoires en comprimés suivant l’avis médical (J2 à J6).
  • FLECTOR tissugel (anti-inflammatoire) localement la nuit.
  • Mésothérapie : 3 séances avec arnica et anti inflammatoire. (48 heures entre les séances).

La collaboration avec le médecin et le kinésithérapeute est primordiale durant cette phase :

  • pour les soins spécifiques à chaque situation et qui ne peuvent entrer dans un cadre général,
  • pour évaluer régulièrement l’amélioration de l’état du rameur et valider en concertation avec l’entraîneur le protocole de reprise.

Le M4- champion du Monde 2010 après un stage perturbé par la tendinite de Jean-Baptiste MACQUET.
Photo © Avironfrance – Igor MEIJER

La règle du repos du poignet s’impose : une évaluation clinique est réalisée tous les deux jours pour valider ou ne pas valider le traitement et la reprise progressive des sollicitations du poignet (activité physique, bateau, musculation, etc.).

Dans la plupart des cas, cette première étape est suffisante pour une reprise normale de l’activité. L’immobilisation du poignet permet une activité physique satisfaisante (voir par exemple annexe 1). Il convient de ne pas prendre de risque afin d’éviter la fragilisation du tendon et la récurrence du problème.

Le gros risque est la récidive pour cause de reprise trop précoce ou maintien de l’activité sur un tendon fragilisé. Dans ce cas, il faut passer à la seconde phase de prise en charge.

PHASE 2 : Sans amélioration après dix jours ou en cas de récidive


Le diagnostic
 repose alors sur le bilan clinique expérimenté de votre médecin, associé à des examens d’une grande pertinence en traumatologie du sport comme l’échographie, le scanner, l’Imagerie à Résonance Magnétique (IRM).


Trois possibilités sont alors à envisager :

  • étirer la Phase 1, avec un repos prolongé du poignet et éventuellement l’intervention d’une alternative à la médecine traditionnelle (ostéopathe, acupuncture …),
  • réaliser des ondes de choc dans un cabinet de kinésithérapie. Ce traitement est douloureux, n’est pas anodin et répond à un avis médical. Le protocole habituel consiste de 3 à 6 séances suivies d’un glaçage (après au moins 7 minutes de repos). Les séances sont espacées de 8 à 10 jours. Le repos sportif strict est impératif entre les deux premières séances. L’activité sportive d’endurance foncière pourra accompagner les séances suivantes, mais de façon modérée. Les séances à fortes sollicitations tendineuses type musculation, vitesse, puissance seront exclues. Les soins de kinésithérapie habituels seront poursuivis pendant le traitement.
  • réaliser une infiltration, si possible sous échographie, avec injection d’un anti inflammatoire local (généralement à base de corticoïde). Dans ce cas, le repos sportif strict s’impose.

Attention : Les produits d’infiltration figurent généralement sur la liste des produits interdits. Le médecin qui réalise l’acte doit impérativement rédiger un document appelé A.U.T. (Autorisation d’Usage à des fins Thérapeutiques) pour vous couvrir vis-à-vis de la législation de prévention et de lutte contre le dopage (document téléchargeable sur www.afld.fr).


La conduite à tenir suite à l’infiltration :

  • 3 semaines d’immobilisation du poignet avec une attelle amovible à conserver le plus longtemps possible dans la journée et la nuit,
  • Puis 10 jours de reprise progressive de sollicitation du poignet (Bateau, ergo ou musculation) une fois par jour. La progression en bateau ou à l’ergo débute par une séance de 40’, puis 60’ et enfin une séance d’une durée normale.

Au cours des 10 jours de reprise progressive, le contrôle médical est omniprésent. Une évaluation clinique est réalisée tous les deux jours pour valider ou ne pas valider le traitement et la reprise progressive des sollicitations du poignet (bateau, musculation, etc.). Chaque jour, les soins du kinésithérapeute accompagnent la reprise de l’activité spécifique du rameur.

Les douleurs de reprise sont tout à fait normales et doivent être différenciées, par l’expertise du médical, des douleurs de rechute d’ordre tendineuse.


Une nouvelle fois, le principal risque est la récidive pour cause de reprise trop précoce. Il est possible de renouveler une infiltration, mais le risque de fragilisation pour le tendon est réel. Il faut alors envisager l’opération.

PHASE 3 : En dernier recours, l’opération

L’échec aux traitements, après plusieurs récidives et après correction des facteurs de risques, peut conduire l’orthopédiste spécialiste en chirurgie sportive à proposer une intervention. Cette dernière est faite le plus souvent en ambulatoire sous anesthésie loco-régionale.

L’intervention peut être de deux natures :

  • dans le cas d’une tendinite : pour nettoyer le tendon, que l’on peut dénommer sous le terme général de peignage du tendon,
  • dans le cas d’une ténosynovite : Pour ouvrir, et éventuellement agrandir, la gaine synoviale, ce qui redonne de la place aux tendons et supprime les frottements. La partie abimée de la gaine synoviale est retirée (synovectomie).

Il s’agit d’une chirurgie simple dont les résultats sont habituellement bons. Toutefois, comme pour toute intervention chirurgicale, des complications sont toujours possibles (infection, hématomes, cicatrisation, lésion accidentelle…)

La conduite à tenir suite à l’opération :

  • 6 semaines d’immobilisation du poignet avec une attelle,
  • Puis 6 semaines de reprise avec sollicitation progressive du poignet (Bateau, ergo ou musculation) une fois par jour avec augmentation progressive de la contrainte.

En annexe 2 figure un exemple de reprise pour un rameur ayant subi une opération de ce type.

Le M2+ médaillé de bronze 2013 après l’opération de Matthieu MOINAUX à cause d’une tendinite.
Photo © Avironfrance – Mimmo PERNA

Au cours de la reprise progressive, le contrôle médical est omniprésent. L’évaluation clinique valide ou ne valide pas la reprise progressive des sollicitations du poignet (bateau, musculation, etc.). Les soins du kinésithérapeute accompagnent la reprise de l’activité spécifique du rameur.


Les douleurs de reprise sont tout à fait normales et doivent être différenciées, par l’expertise du médical, des douleurs d’ordre tendinopathique.

Conclusion et rôle de l’entraîneur


Comme le montrent les programmes d’entraînement en annexes, et à l’inverse d’autres pathologies comme les fractures de fatigue ou les blessures des membres inférieurs ou du dos, les troubles tendineux du poignet permettent une activité physique tout à fait acceptable :

  • course à pied,
  • ski de fond sans bâton,
  • vélo sur rouleau,
  • wattbike,
  • musculation des membres inférieurs et du tronc …

Toutes les activités sollicitant le poignet sont bien évidemment contre-indiquées : le vélo sur route, la natation, les tirades rowing, les développés couchés, l’ergomètre ou le bateau.


Le panel des opportunités d’entraînement offre la possibilité de conserver un niveau d’entraînement acceptable, ce qui permet de rester prudent sur la réutilisation plus ou moins rapide du poignet. Attention toutefois à alterner les activités pour éviter une tendinite au genou par exemple.


Il est important d’être attentif aux premiers signes de douleurs et de protéger le tendon par la mise au repos du poignet.


En phase 1, l’entraîneur peut encore protéger le rameur par des entraînements adaptés sans utiliser le poignet. En phase 2 et 3, l’expertise et l’implication du corps médical devient primordiale et s’associe nécessairement à un arrêt prolongé du bateau.


Les troubles tendineux du poignet chez le rameur sont souvent associés à des mouvements répétitifs et prolongés, un effort soutenu, un changement de poignée, une mauvaise posture ou des mauvais réglages. Ainsi, pour prévenir ces troubles, l’entraîneur doit :

  • veiller à la bonne adaptation du matériel en individualisant si nécessaire ou en uniformisant si c’est plus pertinent,
  • corriger dès le début de l’apprentissage en bateau les flexions excessives de poignets et les mauvaises postures.

Plus la phase 1 sera traitée avec efficacité moins les risques d’aggravation (phases 2 et 3) seront importants. L’identification et la prise en charge des premiers symptômes sont primordiales. La prévention sur les facteurs de risque évoqués plus haut est donc primordiale.

Source : Actualités de la MAP