Actualités

Les douleurs dorsales en aviron : mise à jour des connaissances

par Hugo Maciejewski | 01/04/2017

 Mis à jour le 06/11/2023 | version 1

Cet article a été publié sur le site internet de la FISA le 2 mai 2016. Le docteur Wilson connait très bien le dos des rameurs. En tant qu’ancienne rameuse et kinésithérapeute de l’équipe nationale d’Irlande, Fiona Wilson a placé cette thématique au centre de ses recherches au Trinity College de Dublin. Elle partage ici ses derniers résultats.


Quelle est l’étendue des problèmes de dos en aviron ?


Les épisodes de douleurs dorsales sont relativement fréquents chez les rameurs ; de récentes recherches ont montré que 30 à 50 % d’entre eux sont sujets à la lombalgie sur une période de 12 mois. Ces douleurs lombaires touchent également l’ensemble de la population puisque 3 à 18 % d’entre elle y est exposée sur la même période. Ces chiffres démontrent donc que les rameurs sont bien plus exposés à cette pathologie que le reste de la population.

En outre, certains facteurs de risque comme le tabagisme, l’obésité et l’inactivité sont connus pour accentuer la survenue de la lombalgie. Le fait que ces facteurs soient en grande partie absents chez les rameurs indique clairement que la pratique de l’aviron est bien la principale cause de la plupart des douleurs dorsales des rameurs. Il est difficile de savoir si ces problèmes de dos tendent à s’aggraver ou pas, car bien que les rameurs semblent s’entrainer de mieux en mieux, les techniques de diagnostic et de réadaptation se sont sensiblement améliorées. Cependant, il est intéressant de souligner que quelques études récentes suggèrent qu’un entrainement trop intensif en junior (en particulier au travers des séances de musculation) est susceptible d’entrainer des modifications au niveau des articulations de la hanche, notamment par une altération de la santé des os.

Quelles sont les causes des douleurs dorsales ?


Plusieurs études ont montré l’existence de certains facteurs clés susceptibles d’augmenter le risque de survenue d’un épisode de douleurs dorsales en aviron. Le fait d’avoir été sujet à des maux de dos semble augmenter les chances de récidive. L’utilisation de l’ergomètre est également pointée du doigt pour augmenter fortement les risques de survenue, en particulier lorsque les séances durent plus de 30 minutes. Ce risque augmente à la fois avec le volume d’entrainement hebdomadaire et les années de pratique. Au cours de la saison, il semble que des périodes précises soient davantage propices à l’apparition de cette blessure, notamment après plusieurs mois d’entrainement hivernal et juste avant la saison des régates. Il est intéressant de noter que les entrainements de la stabilité du tronc (gainage) ne semblent pas suffisants pour protéger le rameur contre l’apparition des blessures et que, dans certains cas, il a même été constaté que ce travail de gainage pouvait augmenter le risque de survenue (une explication possible est donnée plus loin).


L’analyse biomécanique tant au laboratoire que sur l’eau a montré que la position du bassin joue un rôle crucial dans le risque de blessure. Ce type d’analyse renforce l’idée selon laquelle les rameurs doivent conserver une position du bas du dos relativement neutre au moment de la flexion des hanches nécessaires à la bascule du tronc vers l’avant. Malheureusement, lorsque la fatigue s’installe, le déplacement a tendance à se faire par le bas du dos, au lieu de maintenir la neutralité de la position de la hanche. Cette modification de posture tend alors à augmenter défavorablement les contraintes du bas du dos.


Il est intéressant de noter que la fatigue ne se manifeste pas tout à fait de la même manière en bateau et sur ergomètre ; l’augmentation de la flexion du bas du dos qui accompagne la fatigue ne semblerait pas si prononcée que cela sur l’eau. Ceci expliquerait probablement pourquoi l’utilisation de l’ergomètre est susceptible d’augmenter les douleurs du dos. La fatigue est, bien sûr, un phénomène tout à fait normal de l’entraînement en aviron et les rameurs sont devenus experts pour en repousser les limites. Cependant, nous savons que le changement de posture que nous observons lorsque perdurent des entrainements sur ergomètre (et dans une moindre mesure en bateau) tend à atténuer l’activité réflexe de certains tissus du rachis impliqués dans les processus de protection et favorise les mécanismes d’inflammation. Cette vulnérabilité du bas du dos pourrait favoriser l’apparition de blessures notamment si elle est combinée à une mauvaise technique ou à une récupération insuffisante.

Quelle est la meilleure gestion ?


La meilleure approche pour gérer les risques de blessures reste la prévention sur les bases des connaissances actuellement à notre disposition. L’entraînement sur ergomètre est très important, d’autant qu’il est souvent utilisé pour la sélection, mais il doit être utilisé en respectant certaines règles. La durée de la séance d’aviron doit être raisonnable, en particulier chez les juniors. Il ne doit pas être utilisé au cours de l’échauffement, en particulier avant une séance de musculation. En effet, l’évolution posturale du rachis observée au cours d’une longue séance sur ergomètre atténuerait les activités réflexes impliquées dans la protection du dos. Cette moindre activité réflexe pourrait altérer la capacité à maintenir la technique nécessaire pour réaliser une séance de musculation en toute sécurité.


La technique doit être analysée par un entraîneur compétent qui veillera à ce que la clé du mouvement soit les hanches et non le bas du dos. La colonne vertébrale ne doit pas être droite, mais en forme de « C » détendue ou légèrement arquée, ce qui permet à la force exercée par le rameur d’être uniformément répartie sur l’ensemble de la colonne vertébrale comme l’illustre la figure ci-dessous. En 1a et 1b, la colonne vertébrale présente clairement une légère courbure qui permet une répartition de la flexion sur toute la longueur de la colonne vertébrale. En 2a et 2b, le dos est droit lors la première partie du mouvement et trop fléchie/pliée sur la seconde partie indiquant une répartition moins homogène des forces exercées sur la colonne vertébrale.


Le fait de disposer d’une large gamme de mouvement du bassin est maintenant reconnu comme un élément crucial dans la protection du bas du dos ; les rameurs devraient être en mesure de réaliser confortablement un squat complet, en gardant les talons au contact du sol et sans avoir à basculer leur bassin en rétroversion.


Certains exercices utilisés pour renforcer la stabilité du tronc (comme les exercices isométriques tels que « la planche ») sont encore largement utilisés en aviron. Toutefois, les bons entraîneurs et cliniciens semblent de plus en plus les délaisser au profit d’exercices dynamiques qui sont maintenant reconnus favoriser l’endurance des muscles du tronc. Si cette approche correspond davantage aux contraintes et spécificités exigées en aviron, elle est surtout reconnue pour être plus efficiente dans la protection du dos.


La plupart des épisodes de douleurs lombaires pourra être résolue en quelques semaines. Il conviendra de limiter les injections ou les traitements trop complexes, sauf dans de rares cas où les douleurs au dos sont associées à de fortes douleurs à la jambe.

Quel est l’objectif des futures recherches ?


L’avènement des technologies portables doit permettre d’améliorer notre compréhension de la biomécanique de la colonne vertébrale, notamment sur l’eau où les moyens d’investigations étaient jusque-là limités. Des études sont également en cours sur l’impact psychologique des douleurs dorsales chez les rameurs. Les approches cognitives telles que l’entrainement à « la pleine conscience » (cf. la méditation) ont été identifiées comme étant particulièrement importantes dans la population générale ; sa pratique devrait probablement s’étendre également aux athlètes.  Enfin, il est à noter l’importance d’un sommeil de qualité (tout comme une récupération suffisante) dans la prévention des blessures ; des travaux sont actuellement en cours dans ce domaine.

Quelques remarques

Ce texte est une traduction littérale de la version originale ; aucune adaptation n’a été entreprise afin de ne pas dénaturer les propos de l’auteur.

Pour éviter toute confusion, plusieurs précisions majeures méritent toutefois d’être apportées.

1- La première précision concerne l’entrainement intensif de la musculation chez les juniors. Les auteurs avancent ses possibles effets délétères sur les risques de blessures. Il est important de noter que l’insuffisance technique et le manque de gainage profond sont de loin les facteurs les plus aggravants de blessures en musculation.

2- La seconde précision concerne la durée d’utilisation de l’ergomètre. Il ne s’agit pas ici de proscrire les séances d’ergomètre de plus de 30 minutes, mais d’être particulièrement exigeant sur l’exécution technique de ces séances et d’adapter toutes ou parties de ces séances pour les rameuses et rameurs sujets aux lombalgies ou dorsalgies (utilisation des slides, RowPerfect, etc.).

3- La troisième précision concerne le travail du gainage. L’auteur met en avant l’intérêt du gainage dynamique. Pour autant, l’efficacité de ce travail est liée à la diversité et à l’alternance des situations proposées (statiques et dynamiques), à l’image de ces 6 séances sur tapis et avec ballon publiées par la fédération.

La séance tapis 1 est essentiellement composée de situations statiques dans une optique de formation et de maitrise des postures. L’entraîneur doit les transformer progressivement en situations dynamiques.

 4- La quatrième précision concerne l’utilisation limitée de l’ergomètre à l’échauffement. Les propos de l’auteur sont à pondérer en fonction du niveau de performance des rameurs, de la durée proposée à l’échauffement, du volume annuel d’entrainement et du niveau technique du rameur sur l’ergomètre.

5- La cinquième remarque concerne la position du dos détaillée dans le texte et illustrée par les 4 images. Selon l’auteur, une légère courbure favoriserait la répartition des forces sur l’ensemble de la colonne vertébrale. La fédération défend davantage l’idée de conserver une position du bassin neutre qui permet au rameur de conserver la courbure naturelle du dos.

Pour de plus amples informations, nous vous invitons à relire ces quatre publications fédérales :

– La posture en aviron,             

– Le renforcement postural,

– Fiche 1 : l’éducation posturale,

– Fiche 2 : le renforcement posturale (PDF).

Source : Actualités de la MAP