par Michel Picard, Pascal Morel, Didier Lereboulet | 01/11/2014
Mis à jour le 16/05/2019 | version 1
Dans la préparation à la compétition, l’aviron intègre des séances axées sur le renforcement musculaire. Que celui-ci soit pratiqué avec ou sans charge additionnelle, il constitue un moyen de progrès mais aussi de prévention des blessures parce qu’il permet d’équilibrer le travail des masses musculaires sollicitées par la pratique de l’aviron (action prophylactique).
Une formation de base indispensable
La musculation avec charges additionnelles et la pratique de l’aviron sur l’eau ou en salle exercent sur le corps humain des contraintes très élevées. Il est donc nécessaire de comprendre les répercussions de ces exercices et de ces charges. Un des éléments clés réside dans la compréhension des mécanismes de l’équilibre du corps et de la répartition des contraintes sur le squelette.
Placement du dos et effort
La colonne vertébrale est soumise à des contraintes de compression et de cisaillement importantes lors d’exercices impliquant l’intervention du tronc.
Il faut répartir de manière optimale la pression sur les disques intervertébraux en respectant les courbures naturelles de la colonne vertébrale et en gardant le dos placé.
Pour une même charge, les pressions exercées sur les disques intervertébraux peuvent être multipliées par vingt selon le placement du dos.
Ces pressions sur les disques intervertébraux s’exercent aussi bien au sol qu’en bateau.
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La prise de conscience du placement du dos et des courbures vertébrales est primordiale avant tout mouvement sportif. Lors des mouvements de flexion des membres inférieurs, le bassin doit être maintenu en antéversion pour une meilleure répartition de la pression sur les disques intervertébraux.
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Pour mémoire, l’antéversion consiste à basculer le haut du bassin vers l’avant (en avant de l’articulation des hanches). Par opposition, la rétroversion correspond à une bascule du haut du bassin vers l’arrière.
Le système tonique postural
Pour le corps humain, l’équilibre est assuré par le Système Tonique Postural (STP). Il met en jeu les éléments squelettiques, musculaires, tendineux et nerveux dans une interaction permanente. Une faiblesse de l’un des trois éléments entraîne la défaillance de l’ensemble du système.
Chacun des éléments osseux présente une solidité remarquable, toutefois le squelette ne peut tenir en position et résister aux efforts qu’avec le concours de la musculature et le contrôle du système nerveux.
La variété de situations, de sollicitations, d’interactions avec l’environnement auxquelles l’individu est exposé contribue à la maturation du système neuro-musculaire.
Le système musculaire, composé de muscles superficiels et de muscles plus profonds (par exemple les muscles para-vertébraux pour le tronc), est quant à lui comparable à un système de haubans permettant de maintenir la posture et l’équilibre.
Au niveau du tronc, constitué de nombreuses pièces osseuses, ce système de haubanage est déterminant pour maintenir une posture équilibrée et envisager des mouvements tout en respectant les courbures naturelles du rachis afin de minimiser la pression sur les disques intervertébraux. Cela permet de réduire les risques et garantir l’intégrité de l’individu.
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Ainsi, pour tout mouvement, tout entraînement sportif, à plus forte raison en musculation avec charges additionnelles, ce système musculaire de haubanage est constamment mis à l’épreuve. Il est donc obligatoire de le renforcer afin qu’il soit suffisamment préparé au maintien de postures équilibrées. Il convient donc de développer l’ensemble de la musculature, pas seulement les grands groupes musculaires de la locomotion mais aussi l’ensemble de ceux qui concourent à maintenir de manière solide la posture en particulier au niveau du rachis.
L’éducation posturale
La formation athlétique de base du rameur doit, par conséquent, prendre en compte cette nécessité de renforcement, de coordination et de contrôle des muscles posturaux.
Ainsi, la qualité de la démarche d’apprentissage et d’entraînement joue un grand rôle dans le développement du STP.
La priorité est de maintenir en permanence les courbures naturelles du rachis lors de l’apprentissage de l’aviron mais également au moyen d’exercices de préparation physique généralisée, d’exercices de gainage variés et de la batterie d’exercices proposés dans la fiche jointe. L’objectif de chacune des situations décrites est de ressentir les bonnes positions. Elles permettent l’apprentissage du bon placement du dos en partant de situations facilitantes, en mettant en jeu progressivement l’équilibre et la mobilisation d’une charge sans risque. Une attention particulière va être portée sur le positionnement, le regard et la respiration.
Voir fiche n°1 : L’éducation posturale
La répétition de l’ensemble de ces exercices, une fois maîtrisés, peut tout à fait s’inscrire dans le cadre de l’échauffement avant une séance au sol ou sur l’eau.
La musculation posturale
L’apprentissage postural exposé précédemment doit être complété par des exercices de musculation posturale avec une mise en charge progressive. Grâce à ceux-ci, l’athlète acquiert le gainage et la musculature indispensables pour réellement apprendre à soulever des charges additionnelles. Il s’agit de maîtriser les positions et les contractions adéquates mais aussi de développer la force nécessaire pour assurer le gainage du tronc.
Ce processus d’acquisition est long et l’entraînement approprié doit être réalisé avant d’envisager de soumettre l’organisme à des formes de travail avec charges additionnelles. Il est donc impératif, pour l’entraîneur, de respecter un apprentissage et un renforcement de base avant d’ajouter des charges.
Une multitude d’exercices permettent d’atteindre cet objectif. Voir fiche n°2 : La musculation posturale
Avant d’envisager le passage à des exercices d’haltérophilie, il faut vérifier la capacité de maîtriser les exercices de musculation posturale :
- avec une vigueur suffisante,
- pendant une minute pour chaque exercice,
- sur une séquence de 10 à 15 exercices mobilisant des groupes musculaires différents,
- avec une réalisation parfaite au niveau postural.
Ce travail postural doit donc débuter dès les plus jeunes catégories et être poursuivi tout au long de la carrière sportive.
Il est important de savoir que la variété et la multiplication des situations proposées par l’entraîneur apporteront des sollicitations de différentes formes (statique, dynamique, combiné), sous différents angles, permettant de développer de manière complète la musculature posturale tout en améliorant la coordination. Pour chacun des exercices proposés, il existe de nombreuses variantes, issues de la créativité de l’entraîneur ou inspirées de diverses publications.
Ce qu’il faut retenir
En raison des forces exercées lors des entraînements ainsi qu’en compétition, le squelette et la musculature du rameur sont amenés à subir de fortes contraintes.
L’équilibre et les actions motrices du corps humain sont possibles grâce au Système Tonique Postural (STP). Il met en jeu les éléments squelettiques, musculaires et nerveux dans une interaction permanente.
Le développement du STP passe par le développement des qualités neuro-musculaires nécessaires au respect des postures : c’est l’apprentissage postural. Il passe aussi par le renforcement de la musculature nécessaire à la transmission des efforts : la musculation posturale.
Le développement de la musculature concourant à la tenue du tronc et à la transmission des forces doit être effectué dès le début de la pratique sportive, il est un préalable à tout exercice avec charges additionnelles, et il est poursuivi tout au long de la carrière sportive.
Pour renforcer cette musculature profonde, l’entraîneur utilise de nombreux exercices variés, sollicitant le tronc sous différents angles et différentes formes. Il fait appel pour cela à sa créativité et peut s’inspirer de nombreuses publications.
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Source : Actualités de la MAP




