par Stéphanie Verbrugghe, François Finkl, Christine Gossé, Alexis Besançon | 01/01/2019
La permanence de cette pathologie en aviron et sa récidive pour certains membres du collectif olympique nous incite à proposer un protocole de prévention, notamment pour les rameurs ayant déjà connu cette pathologie.
Une description des symptômes et un protocole de la prise en charge de la fracture de fatigue costale sont disponibles sur le site de la Mission d’Aide à la Performance dans le domaine « Préparation Physique » et la rubrique « Gestion des blessures ». La permanence de cette pathologie en aviron et sa récidive pour certains membres du collectif olympique nous incite à proposer un protocole de prévention, notamment pour les rameurs ayant déjà connu cette pathologie.
Des mobilisations
Dans un premier temps, le sportif pourra faire appel à un kinésithérapeute pour se familiariser aux mouvements ; il pourra par la suite les effectuer lui-même.
1. Mobilisation générale du gril costal

Allongé sur le dos, le kinésithérapeute mobilise le gril costal, en même temps le sportif inspire et expire dans les amplitudes maximales.


Allongé, inspiration maximale lente par la cage thoracique en sortant la poitrine et en serrant les omoplates, puis expiration maximale lente en rentrant les épaules en dedans et en rapprochant le sternum du pubis.
2. Circumduction de l’omoplate
Allongé sur le côté, le kinésithérapeute mobilise l’omoplate dans toutes les directions (haut, bas, abduction, adduction, rotation interne et externe).

En position assise, faire « rouler les épaules » en faisant des ronds d’avant en arrière.


3. Mobilisation spécifique de l’articulation chondro-costale
Cette articulation relie l’extrémité antérieure de la côte et le cartilage relié au sternum. Il existe un moyen simple de trouver ces articulations. Il suffit de tracer une ligne qui passe par l’articulation sterno-claviculaire, d’une part et le mamelon, d’autre part


Le sportif est allongé sur le dos, le thérapeute positionne ses mains de part et d’autre de l’articulation. L’articulation fonctionne comme un taille-crayon, la côte étant le crayon et le cartilage le taille-crayon. La main costale cherche à mobiliser la côte en rotation interne et externe pendant que la main chondrale (sur le cartilage) reste fixe.
Cette mobilisation peut difficilement se faire sans l’aide d’un kinésithérapeute.
Elle est réalisée régulièrement pour les sujets très sensibles à la pathologie ou lors de tensions costales particulières.
Les deux premières mobilisations peuvent également être réalisées debout sur le ponton juste avant l’embarquement, pour se conclure par des rotations de bras dans toutes les directions.
Des étirements
Durée 15 minutes
1. Les pieds au mur
Les fesses sont en contact avec le mur ; les jambes restent tendues. Les talons se touchent et les pointes de pieds sont écartées.
Sur l’inspiration amener les pointes vers soi, pousser la base de la tête vers le mur opposé.
Sur l’expiration, tenir la position.
Réaliser des inspirations et des expirations amples (par le ventre en mobilisant le transverse). Réaliser 3 cycles inspiration (mise en tension) / expiration (tenue de la position) avec les bras le long du corps.

Réaliser 3 autres cycles avec les bras en croix. Sur l’inspiration, il faut amener les pointes de pieds vers soi, pousser la base de la tête vers le mur opposé mais aussi tendre les bras et placer les mains comme si on voulait repousser un mur de chaque côté.

Réaliser enfin 3 cycles avec les bras derrière.

2. En appui sur le ballon

Tenir le dos plat.
Ouvrir l’angle bras/tronc en reculant légèrement le bassin sur 3 cycles inspiration/expiration.
Variante : debout en appui sur une table pour éviter les douleurs aux genoux.
3. En appui au sol


Sur l’expiration, éloigner le bassin des mains en ouvrant l’angle bras tronc sur 3 cycles inspiration/expiration.
4. Couché sur le ballon

Laisser faire la pesanteur en inspirant et expirant 3 fois de suite.
Rouler d’avant en arrière en inspirant (s’arrêter pour expirer).
5. De côté sur le ballon

Inspirer et expirer 3 fois en laissant faire la pesanteur. Placer le bassin à la perpendiculaire du sol.
Des éducatifs
Pour chaque exercice, effectuer 2 à 4 séries de 8 à 15 répétitions. Il s’agit autant d’exercices de proprioception pour sentir la mobilisation du grand dentelé que d’exercices de renforcement.
L’augmentation des séries et des répétitions se fera de façon progressive.
1. Sur le dos
Allongé sur le dos, mettre les bras à la verticale en gardant les épaules au sol. Puis pousser les doigts le plus possible vers le plafond en décollant les épaules et rentrant le menton. Variante de l’exercice en alternant les bras.


2. Variante assise


Même exercice, assis les bras luttent contre la pesanteur.
3. Debout face au mur


Poser les mains contre le mur à hauteur des épaules, puis, comme dans les autres exercices, pousser sur le mur de façon à éloigner le buste. Le dos ne doit pas s’arrondir, seules les épaules et les omoplates reculent;
4. Au sol


À quatre pattes, pousser sur les bras pour sortir les épaules en rentrant le menton, puis relâcher de façon à laisser les épaules repartir en arrière en gardant les coudes tendus. Ceux ne sont pas les lombaires qui doivent se creuser mais bien les omoplates qui doivent être plus hautes que les vertèbres en regard.
5. Les pompes

Veiller à ne pas s’arrêter dans la position habituelle de fin de pompe mais prolonger la poussée de l’épaule (dernière image). On pourra alterner une pompe « normale » et une pompe « poussée ».
6. Le boxeur

Direct du boxeur : en tenant les extrémités d’un élastique dans chaque main, l’élastique faisant le tour du dos en passant au niveau des creux axillaires (aisselles). À partir de la position de « garde » faire le mouvement d’un « direct » à hauteur du visage, puis revenir en position de départ et changer de bras.

Du renforcement des antagonistes intégré aux séances de musculation
Pour compléter ces mobilisations et ces éducatifs, il est possible de remplacer régulièrement trois exercices du circuit de force-endurance par trois exercices spécifiques visant le renforcement des antagonistes du grand dentelé : le rhomboïde et le trapèze. Le nombre de répétitions est identique à celui initialement préconisé dans le circuit C2. Les deux exercices de traction se font avec des élastiques adaptés au sportif. L’autre exercice (YWT) se fait avec des charges inférieures à 2,5 kg. Le travail sur le placement du bassin (en antéversion) et du dos (respect des courbures naturelles) est essentiel.

Ces exercices spécifiques intégrés aux circuits de force-endurance doivent concerner au moins la moitié des séances réalisées dans l’année pour les rameurs sujets aux fractures de fatigue costales : soit par alternance dans la semaine (1 séance normale ou 1 séance avec exercices spécifiques), soit alternance par cycle (changement tous les 4 à 5 semaines).
Pour les sujets qui ont connu une fracture de fatigue dans l’année, intégrer ces exercices spécifiques jusqu’à la fin de la saison semble une bonne précaution.
Conclusion
Nous ne pouvons rester passifs face aux récidives de fracture de fatigue de certains sportifs. Le dispositif présenté dans cet article doit aussi permettre de prévenir cette pathologie pour les rameurs qui n’en ont jamais souffert notamment lors de fortes variations de charge d’entraînement.
Intégrer régulièrement avant, pendant et après l’entraînement, les différentes facettes de ce dispositif doivent être traitées avec la même importance :
- mobiliser le gril costal,
- étirer le grand dentelé et ses agonistes,
- mobiliser et renforcer le grand dentelé,
- renforcer les antagonistes du grand dentelé.
À télécharger
Source : Mission d’Aide à la Performance

