par Hugo Maciejewski | 01/04/2017
Mis à jour le 26/02/2025 | version 1
Cet article, écrit par Fiona Wilson, a été publié le 03 mars 2017 sur le site de la FISA. Il fait suite à un précédent article sur les douleurs dorsales des rameurs publié le 2 mai 2016 sur le même site. Le docteur Wilson a étudié les pistes susceptibles d’intervenir dans les douleurs du bas du dos en aviron.
Dans cet article, elle s’appuie sur l’expertise clinique de plusieurs kinésithérapeutes d’équipes nationales d’aviron qui ont travaillé pendant de nombreuses années auprès des meilleurs rameurs mondiaux :
- Kellie Wilkie,kinésithérapeutede Rowing Australia,
- Sarah-Jane McDonnell,kinésithérapeute deRowing Ireland,
- Craig Newlands,kinésithérapeutede Rowing New Zealand,
- Mark Edgar, kinésithérapeute de GB Rowing.
Facteurs de risque
Les études actuelles ont identifié que le vécu du sportif et l’entrainement sur ergomètre étaient les principaux facteurs de risque d’apparition de la lombalgie en aviron. Les cliniciens ont également noté qu’un certain nombre d’autres composantes pourrait prédire la survenue de cette douleur :
- Il existe un fort consensus quant à l’importance d’avoir une très bonne amplitude de mouvement de l’articulation de la hanche ; les rameurs doivent être en mesure de fléchir confortablement cette articulation, notamment lors de la flexion pour obtenir une position efficace au moment de la prise d’eau.
- Chez certains rameurs, l’articulation de la hanche présente une amplitude limitée qui ne permet pas de maintenir les positions souhaitées ; cela provoque alors un basculement du bassin vers l’arrière (rétroversion) et une augmentation des contraintes sur le bas du dos.
- Les hommes semblent être davantage exposés que les femmes à la lombalgie. Cependant, ces dernières semblent présenter une moins bonne endurance musculaire du tronc.
- Un mouvement mal exécuté (c’est-à-dire le fait que certaines articulations ne se déplacent pas normalement) peut causer de profondes altérations, car l’ensemble des membres et articulations est nécessaire en aviron pour assurer une coordination efficace. Une articulation rigide ou instable peut altérer la continuité d’un mouvement provoquant divers problèmes ; le plus commun concerne les articulations de la hanche. Mais des chevilles trop raides peuvent également limiter l’action du rameur. Dans ce cas, une autre articulation compensera les mouvements limités, devenant ainsi à son tour surchargée, etc.
- Les contraintes du bas du dos sont associées aux douleurs lombaires. Une augmentation soudaine de la charge d’entraînement (en particulier lors de moments particuliers de la saison, comme le passage des têtes de rivières aux courses sur 2000 m) peut être associée à une recrudescence du nombre de rameurs souffrant du dos. Ces contraintes sont généralement atténuées par une récupération adéquate (comme le repos, le sommeil et/ou une bonne conception du programme), mais aussi en prêtant attention à certains détails tels qu’une récupération suffisante entre une séance d’entrainement sur l’eau et une séance de musculation. Il est important de souligner que la sécurité d’une séance de musculation peut être compromise chez un athlète trop fatigué à la suite d’une sortie longue en bateau.
Une reconnaissance précoce des douleurs dorsales, par les athlètes, les entraîneurs et l’équipe médicale, est cruciale. Une reconnaissance tardive du problème aura une influence à la fois sur la gravité et l’issue de la blessure. Des messages contradictoires de l’équipe d’encadrement, des pairs et même des médias concernant les conseils d’entrainement, de prévention des blessures et de gestion des douleurs lombaires, font qu’il est difficile pour les athlètes de savoir comment gérer les risques et éviter les blessures. Pour cette raison, il est important que les équipes d’encadrement et les cliniciens s’accordent entre eux dès le début. Le rameur, l’équipe d’entraîneurs et les préparateurs physiques ont tous un rôle dans cette gestion.
Dépistage
Dans la plupart des sports, les athlètes sont évalués (souvent lors de la pré-saison) pour diagnostiquer les problèmes susceptibles d’augmenter le risque de blessures. Les recommandations les plus courantes sont généralement les programmes d’étirement ou de renforcement en fonction des besoins de chaque athlète. Des recherches récentes ont montré que ces programmes ne sont pas aussi efficaces que prévu pour prévenir les blessures bien que la plupart des cliniciens travaillant avec les rameurs soutiennent que certains tests simples et des recommandations peuvent s’avérer efficaces.
La capacité à réaliser un squat profond (squat complet) en maintenant les talons à plat, les tibias relativement verticaux et le tronc droit montrent la capacité de l’athlète à atteindre une bonne position à la prise d’eau (en position assise) sans surcharger le bas du dos. Positionner le rameur à l’arrêt sur l’avant sur une machine à ramer permet également de tester la position recherchée, comme l’illustre l’image ci-dessous.
![]() |
Un autre test recommandé est de passer lentement de la position assise à la position debout. Une bonne réalisation consiste à garder le bas du dos à plat avec un tronc détendu, plutôt que d’avoir le dos cambré en hyper extension. Le rameur doit avoir le bassin et le tronc bien fixés au moment de la flexion de la hanche et lors de la première partie de la phase de propulsion.
De même, la capacité à rester droit sur l’avant indique si le manque de souplesse des ischio-jambiers ou le manque d’endurance des muscles entourant le bassin compromet la position du dos. L’évaluation de l’endurance du tronc et de la musculature de la hanche fournira des informations utiles sur la capacité de l’athlète à effectuer des mouvements sûrs, en particulier lorsqu’il est fatigué. Lorsque des douleurs lombaires apparaissent chez un rameur, certains pays utilisent des questionnaires hospitaliers (comme l’outil de dépistage Keele STarT Back) pour évaluer la gravité de la blessure. C’est une approche courante dans la gestion de la lombalgie.
Prise en charge précoce de la lombalgie
La bonne nouvelle est que la plupart des épisodes de lombalgie se rétabliront seuls. Les cliniciens vérifieront s’il y a des signes d’alerte (ce qui est très rare) qui pourraient nécessiter une intervention immédiate ou intensive.
« Ne pas nuire » est une règle à suivre : il n’y a aucun intérêt à alimenter la douleur. Pendant cette période de douleurs, la pratique de l’aviron doit être remplacée par d’autres exercices ou entraînements. Parce que l’anxiété est connue pour renforcer la douleur, un effort sera fait pour rassurer les rameurs. Certaines personnes traitant la douleur dorsale préconisent l’approche de « la pleine conscience » (cf. méditation) pour ses effets bénéfiques.
La gestion de la pathologie doit être adaptée de manière individuelle. Pour ce faire, il est donc important d’identifier l’origine du problème (comme une faute technique ou une récupération insuffisante). Une investigation à partie de l’IRM ne semble ne pas être très utile dans la prise en charge (à moins qu’il ‘y ait vraiment un besoin spécifique pour une investigation approfondie), car :
- il faut plusieurs semaines pour qu’une nouvelle lésion apparaisse au scanner,
- il est normal qu’apparaissent certaines anomalies à l’IRM n’ayant aucun lien avec le problème rencontré.
La prescription de médicaments pour soulager la douleur peut être utile dans cette première phase afin d’accélérer un retour à des mouvements « normaux ». Il est important que le rameur continue à faire de l’exercice au cours de cette phase, cette activité sera guidée par son clinicien. De récentes recherches ont montré que l’exercice aérobie et la sollicitation des muscles du dos au travers des contractions isométriques pouvaient être utiles pour soulager le rameur de la douleur et réduire le risque de lésions liées à une fragilité du dos.
Qu’est-ce qui détermine la récupération ?
Il est difficile d’apprécier comment un rameur va récupérer d’une douleur dorsale. Si la personne était déjà sujette à des douleurs dorsales, le retour à un état normal peut être plus ou moins rapide. Si la douleur se déclenche soudainement et de façon prononcée (avec de fortes douleurs limitant la capacité de mouvement du rameur), la récupération peut être plus lente et plus ou moins couronnée de succès. Si la douleur au dos s’accompagne de douleurs au niveau des jambes et de symptômes neurologiques comme des engourdissements et/ou des picotements, la récupération est susceptible d’être encore plus lente.
Les kinésithérapeutes parlent d’un « maillon défaillant au niveau d’une chaine » en référence à un point précis du mouvement qui pourrait présenter une amplitude limitée, comme des chevilles ou des hanches rigides. Dans ce cas, le mouvement serait compensé par une autre partie de la chaine (comme le bas du dos) qui serait amener à se déplacer davantage. Si ce déficit ne peut pas être corrigé à la source, il est difficile d’aider le rameur à se remettre complètement de ces douleurs dorsales.
Mais parfois, les douleurs dorsales peuvent trouver leur origine sans trouble de santé plus générale comme la polyarthrite rhumatoïde. Cela ne signifie pas que les rameurs concernés ne récupéreront pas suffisamment pour ramer, mais une gestion différente du problème sera nécessaire notamment en s’entourant d’un clinicien ayant une bonne connaissance du contexte médical.
Rééducation de la douleur lombaire à l’aviron
On a beaucoup insisté récemment sur la nécessité :
- d’individualiser les rééducations prescrites aux rameurs à la suite de douleurs dorsales,
- de programmes de prévention des blessures plus adaptés.
Un contrôle plus précoce du mouvement des hanches et du bassin est essentiel en corrigeant les erreurs de placement par des exercices appropriés. Les exercices de placement et d’étirement (non seulement du dos, mais également des hanches et des chevilles) sont indispensables pour permettre aux rameurs d’acquérir un positionnement (du bas) du dos nécessaire pour progresser par la suite en force et en endurance.
Les exercices proposés doivent insister sur l’endurance des extenseurs du tronc ; leur implication dans la protection du dos est essentielle. Le contrôle excentrique des fléchisseurs du tronc devra également être privilégié au travers d’exercices favorisant un retour rapide sur l’avant en bateau ; ces exercices doivent être utilisés à des fins éducatives et n’excèderont pas 10 minutes sur ergomètre. Si un ergomètre statique permet de surveiller étroitement la réalisation des mouvements, l’utilisation d’un ergomètre dynamique devra être privilégiée pour exposer progressivement le rameur à la biomécanique de l’aviron. Les outils de retours d’informations (feedback) peuvent être très utiles ainsi que les technologies portables telles que les capteurs inertiels qui mesurent le mouvement du dos et aident les rameurs à corriger leurs propres mouvements.
Les programmes de réadaptation et de prévention de la lombalgie devront absolument considérer le corps comme un « système entier » : toutes les articulations interagissent ensemble. Les petits changements et compensations de certains systèmes (comme des hanches raides ou une endurance musculaire défaillante) ont une influence sur l’athlète tout entier. Un autre domaine, qui est souvent mal abordé, est la « spécificité » du renforcement musculaire, en particulier du tronc.
Une approche qui ne prend pas en considération les mouvements caractéristiques de l’aviron, comme le renforcement musculaire via des exercices statiques, a un impact limité. En revanche, les exercices dynamiques, qui favorisent le déplacement du bas du dos dans des mouvements similaires à ceux rencontrés en aviron, sont les plus appropriés. Rowing Australia a conçu un programme bien construit dans cet esprit : Core stability for rowing.
Quelques remarques
Ce texte est une traduction littérale de la version originale ; aucune adaptation n’a été entreprise afin de ne pas dénaturer les propos de l’auteur.
Pour éviter toute confusion, il semble néanmoins important d’apporter une précision concernant les trois photographies utilisées par l’auteur pour illustrer les différents positionnements du bassin (antéversion, rétroversion, neutre). Une analyse approfondie de ces trois photographies ne permet pas d’illustrer ces différences, malgré les précisions proposées sur chaque illustration.
À l’image de Rowing Australia, la fédération a également publié ces 6 séances de renforcement postural à réaliser sur tapis et avec ballon.
Pour plus de détails, nous vous invitons à relire ces quatre publications fédérales :
DOCUMENTS A TELECHARGER
A VOIR AUSSI
Source : Actualités de la MAP


