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L’entraîneur face au spondylolisthésis

par Gilles Bosquet, Samuel Barathay, Michel Brignot, Marc Clairet, Laurent Schifano, Pierre-Yves Vailly, Alexis Besançon | 01/01/2015

Le spondylolisthésis est le glissement vers l’avant d’un ensemble de vertèbre (segment rachidien) par rapport à la vertèbre suivante. Ce glissement peut théoriquement survenir à tous les étages vertébraux, mais concerne presque exclusivement le rachis lombaire. Les causes sont diverses : congénitales, dégénératives, ou traumatiques.

La grande majorité des spondylolisthésis ne se manifeste pas et ne gène pas la pratique sportive. 

Ce déplacement vertébral généralement bien toléré peut toutefois engendrer un certain nombre de problèmes :

  • déplacement du « centre de gravité »,
  • perturbation de la mécanique vertébrale,
  • surmenage du disque vertébral,
  • compression des éléments nerveux (nerfs).

Quels sont les symptômes ?

Le début des troubles peut se voir dès l’adolescence pour les spondylolisthésis « constitutionnels », mais également dans la seconde partie de la vie pour les formes « dégénératives ».

Des douleurs peuvent apparaître progressivement : souvent des lombalgies. Celles-ci sont tenaces et invalidantes. Peuvent s’y associer d’emblée ou bien plus tard des douleurs irradiantes le long du trajet des nerfs partant de cet endroit (sciatiques, cruralgies). Les formes graves se caractérisent par une amplification des douleurs, handicapant la pratique sportive et obligeant un arrêt de l’entraînement.

Comment établir un bilan ?

À l’examen clinique, le spondylolisthésis peut être suspecté lors d’une douleur lombaire (lombalgie). Michel Brignot, pneumologue et médecin du sport, rapporte un test récemment utilisé dans les sports hyperlordosants notamment la gymnastique pour conforter le diagnostique lors de l’examen clinique.

Photos de Michel Brignot

Ce test d’hyperlordose en décubitus ventral facile à mettre en œuvre avec des gymnastes petites et légères est plus difficile à envisager avec un rameur toute catégorie. Le diagnostic est donc essentiellement confirmé par des radiographies standard (face et profil debout, obliques de 3/4 droit et gauche). Cet examen est indispensable pour évaluer la statique du rachis, vérifier l’intégrité des vertèbres et classifier la lésion. Dans certains cas, des examens radiologiques dynamiques sont pratiqués (radiographies en flexion et extension). Le scanner peut apporter une meilleure définition de la qualité osseuse et montrer une éventuelle fracture associée (apophyses articulaires désolidarisées du corps vertébral).

Dans les cas les plus invalidants, l’IRM évalue l’état des disques intervertébraux, et permet de visualiser directement les nerfs et la qualité de la musculature para vertébrale.

Programmer la convalescence (semaines 1 à 3)

La prise en charge initiale est médicale pour calmer la crise douloureuse : il s’agit d’une association médicamenteuse, le plus souvent antalgique et anti-inflammatoire.

Les cas les plus compliqués à gérer sont rencontrés lorsque le spondylolisthésis est associé ou déclenche une sciatique. La douleur alors provoquée ne permet pas de traiter efficacement le glissement vertébral. L’état du disque intervertébral est un facteur aggravant du spondylolisthésis.

Dans les cas les plus douloureux, des infiltrations locales de corticoïdes peuvent être réalisées. Chez les enfants et les adolescents les complications discales sont rares et la chirurgie n’est pas ou peu utilisée. En période douloureuse, Laurent Schifano, médecin au service de rééducation de l’Institut St Pierre à Palavas-les-Flots préconise chez les jeunes le corset lombaire rigide monovalve délordosant, facile à prescrire et à porter à mettre en particulier immédiatement après les entrainements, sur un minimum de 3 à 4 h par jour pendant 3 mois.

Le traitement médical est associé à un travail essentiel de rééducation du dos notamment avec des exercices de renforcement et d’assouplissement de la sangle abdominale, du dos et des muscles liés au bassin. (Cf. Fiche Spondylolisthésis – Éducation et musculation posturale)

Marc Clairet, kinésithérapeute-ostéopathe en équipe de France, préconise dans ce cas, un travail en piscine à l’aide d’un pullboy. Placé entre les cuisses au plus près du bassin ce bloc de mousse permet un verrouillage du bassin en rétroversion et une flottaison des lombaires. La nage utilisée est le dos crawlé avec un relâchement des membres inférieurs, obligeant un travail du grand dorsal en dynamique et des paravertébraux en statique. La portance de l’eau permet de démarrer le gainage très rapidement et de surmonter la phase douloureuse du spondylolisthésis. 

La durée de la séance dépend de la douleur. Quand le patient est capable de pratiquer l’exercice sur une distance de 2 km avec une durée de 45 à 60 minutes sans douleur, Marc propose alors de débuter les exercices au sol.

Les techniques adaptées de Mézieres sont aussi plébiscitées par les kinésithérapeutes. Elles constituent le fil directeur du rameur durant sa convalescence, sa rééducation puis la reprise de l’entraînement. C’est à la fois un étirement de toute la chaine postérieure de la tête aux orteils et un gainage dans la correction du spondylolisthésis avec la phase d’apnée et de maintien. (voir photo)

1 – 30 sec de poussée dans le sens des flèches (étirement de toute la chaine postérieure en insistant sur le plaquage des lombaires au sol) en terminant sur une expiration,

2 – 10 sec. d’apnée en maintenant la position menton rentré,

3 – Ventilation abdominale profonde pour se détendre en conservant la position (inspirer en gonflant le ventre puis la cage thoracique, expirer en rentrant le ventre)


Il faut aussi réussir à alléger les contraintes imposées par le travail des membres inférieurs. Les douleurs sont souvent provoquées par un manque de souplesse et un déséquilibre dans la force des ischios-jambiers, des quadriceps et du psoas-iliaque. Bien sûr il faut être prudent dans le choix de l’exercice d’étirement pour ne pas accentuer les tensions sur les vertèbres concernées. Pour contrer le glissement vertébral vers l’avant, le travail de rétroversion et donc de relâchement du bassin est primordial. C’est pourquoi il est important d’étirer le psoas-iliaque et surtout le droit antérieur qui s’insère sur l’épine iliaque antéro-supérieure.

Etirement du psoas iliaque et du droit antérieur à faire le plus régulièrement possible

Programmer la rééducation (semaines 4 à 6)


La prévention des douleurs lombaires provoquées par un spondylolisthésis passe par un apprentissage de la maîtrise de la posture. Pierre-Yves Vailly, kinésithérapeute-ostéopathe en équipe de France, préconise dans cette phase un travail bascule de bassin, un travail du transverse, puis un travail de proprioception à partir de positions progressivement plus redressées jusqu’à la position debout. Pour mémoire, les exercices dans la phase de convalescence sont majoritairement basés sur des positions allongées.


Le travail sur ballon (swissball) avec déséquilibres, demandant des ajustements permanents doit être systématique : privilégier les exercices de coordination gauche/droite mettant en jeu les chaînes croisées et les exercices de proprioception.

Le travail de gainage statique est utile mais pas suffisant. Le but de ces exercices est de mettre en place des « réflexes » posturaux qui permettront au rameur d’ajuster la position de son dos (donc de protéger sa faiblesse vertébrale) dans toutes les situations d’entraînement et cela malgré la fatigue.

La posture du rachis lombaire conditionne celle du rachis dorsal et celle des ceintures (pelvis, épaules). C’est pourquoi la prise en charge doit être globale et intéresser l’ensemble du rachis. Un travail de renforcement des pectoraux et des épaules est essentiel au bon équilibre du rachis.

Le travail de la position de la tête fait également partie de ce travail de renforcement pour éviter ensuite de ramer la tête vers l’avant.

Programmer la reprise de l’entraînement (semaines 7 à 9)

  • Éviter les activités où la position du bassin est moins contrôlable (course, football, tennis …)
  • Éviter de passer de longues heures debout.
  • Perdre quelques kilos superflus en cas de surpoids pour soulager le rachis et la lésion,
  • Éviter les semelles trop plates. L’idéal est la chaussure de running (amorti + voute + laçage).

Le travail en hyperlordose est proscrit ! Mais les mouvements associant cisaillement, rotation, inclinaison et flexion antérieure du rachis sont aussi des situations risquées. Ramer en pointe peut être problématique pour des sujets qui contrôlent mal leur posture.


Enfin, les sportifs doivent être vigilants à leur posture en dehors des phases d’entraînement. Une mauvaise position sur la chaise en cours, dans le canapé et lors des transports, souvent longs et répétés lors des périodes de compétitions, engendre parfois plus de problèmes que l’entraînement lui même !


Philippe Izard, médecin du CREPS de Toulouse-Midi-Pyrénées, constate qu’une partie des sportifs qu’il a en charge présentent une tendance au spondylolisthésis. Il précise que cela n’entraîne pas systématiquement des douleurs lombaires, et que dans la majorité des cas, cela ne pose aucun problème dans l’entraînement.


Le cas particulier de Matthieu Androdias (champion de France en skiff, sélectionné olympique et finaliste mondial) est riche d’enseignements. Son spondylolisthésis a été diagnostiqué en Junior, suite à des douleurs lors d’une tête de rivière. Les examens ont révélés que le spondylolisthésis était congénital mais que le glissement était accentué par les efforts et la fatigue (sur un dos insuffisamment musclé). Si Mathieu n’avait pas eu à fournir des efforts intenses, en aviron, il n’aurait peut-être jamais su qu’il avait un spondylolisthésis.


Suite à des douleurs lombaires chroniques, nous avons dans un premier temps supprimé dans nos séances traditionnelles les mouvements de musculation risqués ou qui mettaient rapidement son dos en difficulté (squat, épaulés, bonds…). La durée des entraînements en bateau a été dans un premier temps réduite pour lui permettre ensuite de gérer sa posture sur de longues séquences. Ces entraînements étaient complétés par du Wattbike (vélo d’appartement) ou du renforcement musculaire. Ils ont ensuite été progressivement allongés jusqu’à retrouver leur durée initiale.


Matthieu a beaucoup travaillé sur l’amélioration de sa posture, par des exercices au sol, de proprioception, du gainage, des exercices dynamiques en flexion extension des membres inférieurs, avec un poids tenu sur la poitrine ou un manche-à-balais plaqué sur le dos, afin de prendre conscience de la position « dos à plat ». Voir un exemple de séance à la fin de l’article.

Nous avons mis en place un travail spécifique de retour à la pratique des squats et des épaulés (exercices déterminants pour la performance en aviron) par un renforcement musculaire en Squat Egger (barre tenue bras tendus au dessus de la tête), soulevé de terre et tirage haut. (Voir les articles sur le renforcement postural et la musculation sur le site de la MAP).

Évidemment, Matthieu s’est appliqué à transférer tout ce travail au sol en bateau et a passé beaucoup de temps à améliorer la maitrise de son geste et de ses positions en bateau : maintien du tronc, placement des bras et du dos, transmission de la force des jambes et addition des actions dans la phase de propulsion. Des exercices basiques, (jambes seules, ramer sans les chaussures, arrêt bras-corps) ont été réalisés dans un but de renforcement musculaire pour protéger son dos mais également pour améliorer son rendement et sa performance. Ramer est un très bon exercice de renforcement !


Depuis deux ans, les douleurs lombaires sont plus rares. Il réalise tous les mouvements de musculation et ses positions sont prises en exemple. Il fait des squats avec des charges proches du maximum et soulève 105kg en épaulé.


Il reste attentif à la fatigue de son dos : sa capacité à gérer correctement sa posture. Ses entraîneurs sont à l’écoute de ses sensations. Le travail de renforcement se poursuit et sera effectif toute sa carrière.


Le contrôle et la maîtrise de la posture ne sont pas réservés aux athlètes présentant un spondylolisthésis. Tous les rameurs doivent avoir la volonté de renforcer leur ceinture abdominale et scapulaire pour parfaire leur geste technique et améliorer leur rendement. 

L’importance de ce type de renforcement pour réaliser un geste correct et le maintenir dans la fatigue n’est plus à prouver.


L’échéancier proposé à la suite de cet article n’est qu’indicatif et doit faire l’objet d’une adaptation constante avec le corps médical.


Il était difficile de conclure cet article sans donner la parole à Matthieu Androdias. Ses trois conseils pour un jeune atteint d’un spondylolisthésis sont les suivants :

  • être rigoureux sur les exercices de gainage et le renforcement musculaire,
  • musculation : accepter de repasser par des éducatifs posturaux sur les mouvements à risque, ne pas faire l’erreur de les supprimer totalement,
  • assurer un suivi médical régulier auprès d’un spécialiste (j’insiste sur le dernier mot pour avoir un jour entendu : « Monsieur, il faut arrêter le sport! »).

Source : Actualités de la MAP