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L’entraîneur face à la lombalgie

par Alexis Besançon | 01/07/2018

Mis à jour le 06/11/2023 | version 1

Les dégâts de la lombalgie en aviron ne sont plus à démontrer. Fiona Wilson (ancienne rameuse et kinésithérapeute de l’équipe nationale d’Irlande) rapportait en mai 2016 de récentes recherches qui montrent que 30 à 50 % des rameurs sont sujets à la lombalgie sur une période de 12 mois.


Dans le même temps, ces douleurs lombaires touchent 3 à 18 % de l’ensemble de la population. Cela prouve, si besoin était, que les rameurs sont bien plus exposés à cette pathologie que le reste de la population.

Il ne s’agit pas ici de faire une synthèse sur cette pathologie. Les causes et les formes sont tellement multiples et le nombre de publications sur le thème tellement important.


Nous souhaitons juste partager un protocole établi en 2017 avec Jérôme Save (kinésithérapeute intervenant en équipe de France et sur le Pôle France de Toulouse) et Gilles Bosquet (entraîneur du pôle France de Toulouse) pour accompagner Matthieu Androdias dans sa convalescence puis dans la prévention d’une rechute. Cette expérience peut sans doute bénéficier à d’autres rameurs et permettre à l’entraîneur d’étoffer ses outils face à la lombalgie.


Un cas particulier


Pour mémoire, Matthieu Androdias, champion de France 2016 en skiff, finaliste au JO de Rio en double, a vu sa saison 2017 largement pénalisée par la lombalgie.

Sa finale [1] tronquée à Cazaubon n’est que la manifestation la plus spectaculaire d’une pathologie qui l’aura empêché de réaliser les deux tests sur l’ergomètre (décembre et février), mais aussi les tests de musculation de Force Endurance.


Matthieu a souffert durant 111 jours du dos la saison dernière. Nous avons dû aménager autant de jours d’entraînement par rapport au programme classique.

Malgré ce véritable chemin de croix, Matthieu a réussi à maintenir son volume d’entraînement à 89% du programme fédéral notamment grâce au Wattbike. Cet outil a été important pour maintenir ses capacités physiques et lui a permis de valider un niveau de performance très intéressant (5:45,9) sur un test de 2000 m sur RP3 (ergomètre dynamique) tout début juin. C’était le passage obligé pour son retour dans la sélection nationale qui est intervenu tard : le 8 juin pour la préparation de la Coupe du Monde de Poznan.


S’appesantir sur les causes de la lombalgie de Matthieu n’est pas le propos de cet article. Il serait toutefois dommage de ne pas en évoquer quelques-unes à titre d’exemple pour d’autres rameurs. L’absence d’une véritable période de repos (2 à 3 semaines) après Rio est souvent revenue comme la principale explication. La frustration du résultat des Jeux olympiques a été pour Matthieu un ressort motivationnel fort dès la descente de l’avion : utiliser en différé cette frustration est un enseignement à retenir. Bien sûr, Matthieu présentait un terrain propice à cette pathologie avec un spondylolisthésis (cf.article de la MAP) plutôt bien géré. Son changement de rythme au retour des jeux avec un stage professionnel plutôt éprouvant comprenant de longues stations assises n’est sans doute pas étranger dans le déclenchement de la pathologie et son entretien.


Côté traitement, il est difficile de pointer du doigt la solution miracle. Bien sûr les soins médicaux apportés notamment par le Docteur Xavier Delannoy spécialiste toulousain de la médecine de réadaptation ont été fondamentaux. La progressivité des reprises, l’individualisation de la programmation avec Gilles Bosquet, les séances de préparation physique avec Thomas Baudry du CREPS de Toulouse, mais aussi et surtout la persévérance de Matthieu sont à souligner.


Cette année laborieuse a permis entre autres à Matthieu de construire les bases de sa progression en 2018 (record au test ergomètre et en musculation) et d’une nouvelle suprématie en skiff.

Au sein du dispositif mis en place autour de Matthieu, trois séquences de travail nous semblent incontournables dans le traitement et la prévention des lombalgies.


S’étirer


Au plus fort de la crise lombalgique, la priorité est de faire disparaitre la sensation de douleur pour pouvoir être en mesure de réaliser très régulièrement, si possible quotidiennement, une séquence d’étirements spécifiques.

Les étirements que nous présentons sont à la fois une séquence de traitement de la pathologie en accompagnement d’un travail de kinésithérapie et de soins médicaux. Mais c’est aussi une séquence de prévention.


Vous trouverez un petit cadre grisé en bas à droite de la fiche qui précise un protocole spécial en cas de crise douloureuse. En concertation avec le corps médical, ce protocole basé sur le septième exercice de la fiche doit être répété autant de fois que se présenteront les premiers signes de récidive. La séquence complète d’étirements peut être introduite dès la diminution de la sensation de douleur. Lorsque celle-ci a disparu, il est temps de passer à la phase de renforcement.

Se renforcer

Quand le rameur est sorti de la phase algique (période douloureuse de la lombalgie) une reprise en Wattbike progressive peut être avantageusement accompagnée tous les deux jours de cette séquence de gainage spécifique.

Ce travail n’est pas exclusif et pourra être poursuivi par d’autres types de séances de gainage.



S’échauffer

Dès la reprise du bateau, il est impératif de réaliser un échauffement spécifique qu’il conviendra de conserver avant chaque séance sur l’eau et à l’ergomètre une fois l’entraînement revenu à la normale.

Des recommandations pour tous


Les quelques éléments présentés dans cet article peuvent alimenter un travail de traitement et de prévention de la lombalgie chez le rameur. Même si encore une fois, chaque lombalgie est très particulière et nécessite le travail en concertation avec le corps médical.



L’apprentissage du placement, l’éducation et le renforcement postural (voir dossier jeune de la MAP) mais aussi les étirements (notamment de la chaine postérieure) sont primordiaux chez les jeunes rameurs.


À cet égard, le travail de diagnostic de tonus musculaire effectué sur les membres du collectif Junior dirigé par Jérôme Déchamp est louable. Deux tests sont mis en place systématiquement : le test de Sorensen sur les extenseurs du tronc et celui de Shirado-Ito sur les fléchisseurs du tronc. L’objectif et les modalités de ces tests sont décrits dans un article rédigé par Gaëlle Buniet.

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[1] Du championnat de France du skiff en avril

Source : Actualités de la MAP